Un film par an, une nouvelle terre
Chaque année, Vintage Rides tourne un film documentaire sur une nouvelle destination. Après la Turquie, puis Madagascar et « Ride To The Roots », cap sur l’Asie centrale. Le principe ne change pas : raconter une aventure humaine plutôt qu’un catalogue de paysages.
Le film a été tourné au guidon de la Royal Enfield Himalayan 450, avec le soutien de nos partenaires historiques, Royal Enfield et la Mutuelle des Motards, et l’équipement de Brett, Veldt et Bolid’ster.
Pourquoi le Kirghizistan ?
L’envie remonte à 2019. À la fin d’une saison en Mongolie, François Combes, guide historique de l’agence, prend la route vers l’ouest. Il traverse l’Altaï russe, puis l’est du Kazakhstan par le canyon de Charyn, et trace un premier itinéraire dans le nord du Kirghizistan. L’idée ne l’a plus quitté.
Sur le papier, le pays a tout d’une terre d’aventure à moto : des montagnes sur la quasi-totalité du territoire, des pistes à perte de vue, des cols au-dessus de 3 000 m et une culture nomade encore vivante, cousine de celle que nos riders aiment dans nos voyages moto en Mongolie. Et un tourisme encore balbutiant. « Le pays est encore bien dans son jus, bien brut, résume Johann. Les gens n’ont pas encore vraiment l’habitude du touriste. Même pour eux, c’est quelque chose de neuf. »

Une reco, c’est quoi ?
Dans le jargon de l’agence, une « reco » est un repérage : l’itinéraire qu’un guide parcourt seul, avant tout le monde, pour préparer un futur voyage. « Ouvrir un pays, c’est extrêmement excitant », sourit Johann.
Il a sa méthode. Il délimite d’abord la zone qui concentre le plus de points d’intérêt, rassemble un maximum d’informations, puis pose tout sur une carte. Départ et arrivée à Osh, deuxième ville du pays, aux portes de la vallée de Ferghana et de l’Ouzbékistan ; entre les deux, une grande boucle vers le nord et l’est, en direction du lac Son Köl.
Sa règle d’or tient en une phrase : « Il faut reconnaître le plus difficile, pour savoir ensuite où tu peux emmener les groupes sans prendre de risques. » Sur une reco, on tente les variantes piégeuses, les pistes douteuses, les cols incertains. C’est ce travail invisible qui permet, plus tard, d’offrir à un groupe une vraie aventure sur un itinéraire déjà éprouvé. Pour voir l’envers du décor, lisez aussi Dans la peau d’un guide Vintage Rides et la naissance de notre voyage au Mustang.
Johann, du bus indien à l’Himalayan
Né en Belgique, photographe à Paris pendant vingt ans, Johann vit aujourd’hui en Inde. Le déclic remonte à 1994. Il a une vingtaine d’années, voyage sac au dos dans un bus « inconfortable à souhait », quand deux ou trois Royal Enfield Bullet le doublent. « Et là, je me dis : qu’est-ce que je fais dans ce bus ? » Dix ans plus tard, il loue sa première Bullet pour aller photographier les régions reculées de l’Inde et rentre « les étoiles dans les yeux ». Il guide pour Vintage Rides depuis quinze ans.
Au Kirghizistan, il roule seul, l’appareil photo toujours à portée de main. « La solitude à moto, c’est une bulle de plaisir, de méditation. Il n’y a rien qui vient te chahuter. »

Le Kirghizistan à moto, vu par le film
Des paysages qui changent tous les 30 km
Dès le deuxième jour, Johann compte quatre ou cinq décors différents. « Tous les 30, 40 km, ça change. » Une gorge aux allures de Colorado, puis une vallée de sapins et de rivières qu’on croirait suisse, puis des badlands rouges et des plateaux d’herbe rase où l’on ne croise que des troupeaux. Plus de 40 % du pays s’élève au-dessus de 3 000 m : les cols s’enchaînent, à 3 000, 3 500, parfois 4 000 m.

Son Köl, le choc de l’altitude
Sur les vues satellites, Son Köl (on l’écrit aussi Song-Köl) ressemble à « un joli petit lac ». Sur place, c’est une autre histoire : un lac perché à plus de 3 000 m, dont le tour fait une centaine de kilomètres, au milieu d’alpages immenses. « Tu ne t’attends pas à une vastitude pareille. » C’est l’un des temps forts du film, et l’une des étapes phares du futur voyage.
Le cheval, l’autre monture
Dans les jailoos, ces pâturages d’altitude où les éleveurs montent vivre en yourte tout l’été avec leurs troupeaux, le cheval tient la place qu’occupe la moto chez Johann. Au détour d’une piste, il croise un jeune cavalier sur son cheval de course. Le défi est lancé : qui est le plus rapide, le cheval ou l’Himalayan et ses 40 chevaux ? Verdict de Johann : « Si c’était une course d’endurance, je gagnerais ; une course de vitesse, c’est lui qui gagne. » Un peu plus loin, ce sont des chameaux de Bactriane, devenus rares, qui le regardent passer, moteur coupé.

L’hospitalité, sans filtre
Le film ne cache rien des réalités d’un pays qui s’ouvre à peine. À Kazarman, le premier réveil se fait sans eau ni café : « En hôtellerie, il va falloir travailler le dossier. » Dans les villages, il faut parfois chercher longtemps une épicerie pour un déjeuner de yaourt, de fromage et de tomates. On lui fait goûter le koumis, le lait de jument fermenté, boisson nationale.
Puis, un jour de pluie, une famille d’éleveurs lui ouvre la porte de sa maisonnette d’estive : thé, pain, confitures. « On adore les visiteurs, ça fait partie des traditions kirghizes », lui explique-t-on. Johann en tire une leçon : « Ce sont toujours les gens qui ont peu de moyens qui t’accueillent le mieux. » Plus loin, une yourte « comme sur les photos » et une fête traditionnelle à laquelle il est convié à l’improviste.

Le col de Tosor, dans le minéral
Le village de Tosor est le dernier endroit pour se ravitailler avant de s’attaquer au Tian Shan. Au-dessus, le col de Tosor, à 3 893 m, point culminant du repérage, que le voyage ne franchit pas. « Changement de décor, tu arrives dans le minéral total. » À la descente, l’image d’Épinal : des hommes qui chargent le foin à la fourche sur un vieux camion GAZ.

De la reco au voyage
Ce repérage a donné naissance à Odyssée en terre nomade, notre premier road trip moto au Kirghizistan : 11 jours et 1 805 km en boucle au départ d’Osh, en Royal Enfield Himalayan 450. Au programme : Uzgen et la forêt de noyers d’Arslanbob, les gorges du Naryn, le col d’Ala-Bel à 3 175 m, les falaises rouges du Kökömeren, deux nuits en yourte au bord de Son Köl, le lac de Kol-Suu, perché vers 3 500 m, le caravansérail de pierre de Tash Rabat, puis les badlands et les cols sauvages qui ramènent vers Kazarman et Osh.
Le film montre aussi ce qu’une reco change concrètement. Une journée sans eau chaude se supporte quand on est seul ; un groupe, lui, a besoin d’étapes fiables après de longues heures de piste. « À 55 ans, tu ne peux pas dormir n’importe où et manger n’importe quoi, il faut un minimum. » L’itinéraire en tient compte : des nuits en guesthouse et en yourte, une journée plus douce à Son Köl pour s’acclimater à l’altitude, et un rythme qui laisse de la place aux rencontres.
Le voyage est classé Soutenu et s’adresse aux pilotes expérimentés, à l’aise sur la piste : étapes longues, nuits au-dessus de 3 000 m, secours éloignés. Un accompagnateur moto francophone, un mécanicien et un véhicule d’assistance suivent le groupe, en pension complète. Si c’est votre première aventure hors des routes, commencez par choisir le bon premier voyage.
Trois départs sont ouverts en 2027 : du 22 juin au 2 juillet, du 20 au 30 juillet et du 3 au 13 août, à partir de 3 690 € par pilote et 2 790 € par passager. C’est François Combes, celui-là même qui rêvait du pays en 2019, qui guidera les premiers. Saison, visa, sécurité : toutes les réponses pratiques sont sur notre page voyage moto au Kirghizistan.

L’équipe du film
Réalisé par Gary Grabli, grand reporter russophone qui a mis les habitants dans sa poche, et monté par Sébastien Sega (Arte, France Télévisions, Netflix, Canal+, Prix spécial du jury au FIGRA 2022), le film a son photographe, Damien Lorrai, auteur de toutes les images de cet article.
Où regarder « Iron Horse Nomad Trails » ?
Le film sort le 15 octobre 2026 sur la chaîne YouTube Vintage Rides, avec des sous-titres en français, en anglais et en allemand. Abonnez-vous pour être prévenu de sa sortie.

À la fin de sa reco, Johann tient son verdict : « Un peuple accueillant, souriant et facile d’accès, un pays fait à 90 % de montagnes, avec beaucoup de pistes. Le tourisme y est à peine naissant, rien n’est surfait. » L’ossature est posée. Il ne manque plus que les riders.
Découvrir le voyage Odyssée en terre nomade
Photos © Damien Lorrai / Vintage Rides
0487913196

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