À la manière d’Anne-France Dautheville, l’auteure de « La vieille qui conduisait des motos », Martine Manya, au début de la soixantaine, écoute son envie de prendre la route et enfourche une Royal Enfield.

Martine va bientôt avoir 70 ans, mais elle n’a pas attendu de prendre sa retraite pour vivre comme elle l’entend. Elle a commencé à rouler à 18 ans, sur une 125, pour aller à la fac de médecine à Montpellier. Dans les années 70, il n’y avait qu’elle et une autre femme à moto dans son cercle. Forcément, les gens les regardaient, les jugeaient peut-être. Mais elle s’en fichait et continuait son chemin. Pour elle, la moto n’est pas une revendication, C’est un prolongement naturel de son tempérament. Depuis toute petite, Martine aime le mouvement, faut que ça bouge !
Puis, il y a eu la vie de famille : le mariage, trois enfants, un boulot à plein temps. La moto est passée au second plan, mais elle n’a jamais complètement disparu de son esprit. Des années plus tard, installée aux Antilles pour les dix dernières années de sa carrière, elle roule en scooter trois-roues. Un compromis.

Un jour, elle entre chez un concessionnaire pour faire réparer son scooter. Dans le showroom, c’est le coup de foudre avec … une Royal Enfield Classic ! La fameuse moto indienne : intemporelle. « Je veux celle-là. ». Le vendeur répond : « Il faut le permis. » Elle répond sans hésitation : « Je vais le passer. »
En quelques mois, tout était bouclé. Elle a dû repasser le code, quand même. Elle savait déjà conduire, mais surtout elle savait ce qu’elle voulait. Elle a acheté cette fameuse Royal Enfield en Martinique. Puis une Interceptor 650. Ensuite, une Triumph 900. Maintenant, de retour dans les Pyrénées-Orientales, elle délaisse un peu les Enfield pour une Bonneville 1200, parfaite pour les longues distances en Europe. Mais sa Royal Enfield reste sa moto préférée pour voyager.
Martine a toujours aimé voyager, que ce soit à ski, en trek ou à pied. Elle sait ce que c’est que de se dépasser et elle adore ça. Alors, la moto, c’est devenu une évidence. Pourquoi ne pas envisager le voyage à moto, si c’est dans sa nature ? Très vite, elle découvre Vintage Rides.
En 2019, à peine son permis moto en poche, elle part en Inde, direction le Ladakh. Son premier voyage avec Vintage Rides. Au programme : de l’altitude, des pistes, des cols connus, et deux semaines à rouler tous les jours. Beaucoup auraient hésité, mais pas elle. C’était génial, incroyable, raconte-t-elle. Sans chercher à être une héroïne, juste le plaisir de découvrir et de rouler dans l’Himalaya. C’est facile de conduire une moto, tout le monde peut le faire, ajoute-t-elle.

Depuis, elle a fait un voyage moto en Turquie, au Maroc, au Pérou et tout dernièrement, à Madagascar. Chaque voyage lui confirme que la moto, loin de compliquer les choses, rend le voyage encore plus beau. Au contraire, ça aide à parler aux gens, explique-t-elle. Les habitants s’approchent, les échanges commencent. Il faut dire que Martine intrigue. Casque sur la tête, bien équipée, elle se fond dans le paysage. Mais le soir, quand elle enlève son casque, les regards changent. Les jeunes du groupe s’en rendent compte : Ils me disent : ‘Mais ma mère a votre âge !’. Elle n’est plus juste une motarde parmi d’autres, elle montre que l’on peut être audacieux à tout âge.

Contrairement aux clichés faciles, Martine ne s’est pas « libérée » sur le tard en se mettant à la moto. Pour elle, la moto n’est pas une revanche. C’est la continuité du parcours d’une femme libre qui a toujours eu soif de découvertes. L’avantage à son âge, c’est surtout d’être libérée des contraintes de la vie active et d’avoir le temps. Ce qui change avec l’âge, c’est aussi le regard des autres. À 20 ans, on la trouve atypique. Aujourd’hui, on la trouve impressionnante. Elle, pourtant, roule toujours avec la même simplicité.
Dans les groupes Vintage, elle aime l’esprit d’équipe. Les petits groupes, l’organisation et les liens qui se créent rapidement. À Madagascar, elle partage la route avec d’autres femmes. Elles ont de la chance, elles sont quatre dans le groupe. Elle devient amie avec Isabelle. De là, des idées germent : pourquoi pas un grand road trip moto en Amérique du Sud l’année prochaine ? Ou un mois entre l’Inde et le Sri Lanka ? Elle regarde les différents endroits en Amérique du Sud, en Asie, en Afrique. Elle rêve de s’évader pendant l’hiver.
Et puis, il y a cette anecdote. Lors de la projection du film sur son voyage à moto à Madagascar, son fils était dans la salle. Elle lui avait demandé de venir. Àla fin, elle se retourne vers lui. Il avait les larmes aux yeux. Maman, c’est génial ce que tu as fait. Dans son regard, on voyait la fierté d’un fils, mais aussi l’admiration pour une mère et une femme libre.
Il ne faut pas se mettre de limites, dit-elle. À ceux qui pensent que certaines choses ont un âge ou ne sont pas faites pour eux, Martine répond simplement : l’audace, ça s’entretient. Et comme toutes les habitudes, il faut la cultiver.
Quand elle démarre sa bécane dans les Pyrénées-Orientales, entre mer et montagne, une autre femme la regarde peut-être passer. Et se dit que c’est possible. Tout simplement.

